Le Maure de Karatas
À Karatas, entité urbaine abstraite où les stigmates de la corruption forment le décor d’un monde désincarné, Moor, ancien militaire mutique au lourd syndrome post-traumatique traîne ses propres fantômes derrière lui. Il retrouve Maria, la femme de son frère, mannequin en sursis, tentant de survivre aux dettes laissées par un mari disparu. Écartelée entre un métier exigeant, un fils à élever et la menace constante d’un mafieux Maria se débat dans une chute inexorable. L’arrivée de Moor dans sa vie ouvre une brèche dans ce désespoir : une mission de rédemption autant que de protection, comme un dernier sursaut d’humanité.
Critiques
Adilkhan Yerzhanov s’aventure pour la première fois dans un paysage urbain, sans renier sa signature singulière. Il convoque les figures du vigilante movie et l’ombre de Rambo, mais détourne aussitôt l’attente d’un film d’action spectaculaire. Le Maure de Karatas est un polar imprégné de poésie, un récit suspendu entre silence et violence, où l’esthétique agit autant comme un écrin que comme un piège pour un héros effacé, constamment rejeté ou absorbé par une ville dont il ne maîtrise plus les codes. - www.lemagducine.fr
Comment Yerzhanov peut-il être si prolifique sans jamais faire un mauvais film ? Laissant Karatas derrière lui, le cinéaste met son film noir en nuit urbaine, ses lumières, ses hommes, ses fantômes. Son héros somnambule se souvient de celui de Drive, mais il puise principalement dans la mythologie cinématographique occidentale, des premiers films d'Eastwood et de Corbucci, avec des hommes dont les yeux reflètent le crépuscule du monde, cachant de la douleur derrière leur silence. Porté par une partition très inspirée de Giorgio Moroder et Ryūichi Sakamoto, et d'un style visuel rappelant Michael Mann, Moor livre un autre chef-d'œuvre tête, vampirisé par ses regards et ses gestes. - www.etrangefestival.com




























